subject: Une Mystrieuse vidence [print this page] La galerie dart brut Christian Berst prsente pour la premire fois en Europe un ensemble de vingt-neuf uvres de Dan Miller, dsormais illustre pensionnaire du Creative Growth Art Center dOakland. Un artiste qui vivrait sur plusieurs continents inconnus.
La clbrit de Dan Miller tient en grande partie ce quil fut le premier artiste de lart brut entrer au MoMa de New
York. Rappelons que cet art, ainsi baptis par Jean Dubuffet en 1945 dans sa correspondance avec le peintre suisse Ren
Auberjonois, est issu dune opration pure , ou brute , cest--dire dgag de la culture et de la mode. Et qui nen
est pas moins art pour tre une expression jaillissante des profondeurs dtres trangement indpendants, qui plus est
compltement opaques. Dubuffet prcise : De lart o se manifeste la seule fonction de linvention, et non, celles,
constantes dans lart culturel, du camlon et du singe.
Mme si des artistes reconnus, comme Gaston Chaissac, peuvent tre considrs comme dans la mouvance de lart brut, celui-ci,
selon la dfinition de Dubuffet, ne concerne que les non-professionnels indemnes de culture artistique et uvrant en
dehors des normes esthtiques convenues , ce qui signifie que la plupart de ses reprsentants se trouvent tre des
pensionnaires dhpitaux psychiatriques, autistes ou schizophrnes, dont lexpression artistique, indniablement, constitue
le principal lien avec le monde. Et ce qui diffrencie prcisment lart brut de tout autre art, cest quil constitue le
plus souvent un unique mode dexpression, comme la seule manire de dire possible, tandis que lautre art constitue un
choix. Do son mystre, do sa force, toujours indniable, de vritable langage qui parat son possesseur aussi courant
quune langue maternelle, mais parle par un seul et qui ne saurait trouver nul Champollion. Comme sil tait le langage
dune autre humanit.
Dan Miller nchappe pas cette constante de lart brut, par sa puissance et lvidence de son sens cach, insaisissables
pour celui qui contemple ses uvres, mais ouvrant des inconnus parfois vertigineux. Ce qui surprend encore chez lui, cest la
rare diversit de sa production : rptitions maniaques, brusques ruptures, explosions soudaines, enchanements hermtiques,
apparition puis disparition de la couleur, mots courants qui sentremlent dautres, trames serres de traits fins qui
finissent en fils et en toile, sries extrmement cohrentes et trs loignes dautres parties de luvre Dan Miller,
lartiste autiste perptuellement coiff dun vieux casque cycliste surmontant un air de concentration farouche, sexprime
ainsi sans relche depuis le Creative Growth Art Center dOakland, en Californie, rvlant une beaut formelle propre toute
criture. Et tout autant indemne de culture artistique que dambition personnelle, notion laquelle lui et ses semblables,
par quelque grce dorigine inconnue, sont trangers. On parle bien de puret. a ne fait donc ni chaud ni froid Dan Miller
dtre expos dans tel muse ou de figurer dans les collections prives de David Byrne, Cindy Sherman ou Maurizio Cattelan,
ou encore de savoir que dans leur majorit, les vingt-neuf uvres prsentes par la galerie Christian Berst, sornent