subject: Debussy Ou La Musique Des lments [print this page] Lexposition intitule Debussy, la musique et les arts au muse de lOrangerie est une plonge au cur dun Paris fin-de-sicle aussi inspire que syncrtique. Et, disons-le demble, une franche russite.
Le dfi que constitue pour un commissaire, mais aussi pour un musographe, une exposition sur la musique est pleinement
relev. Tout au plus peut-on regretter le choix dlibr et frustrant de limiter les extraits musicaux.
Toutefois, ce succs est en grande partie redevable la personnalit de Claude Debussy (1862-1918), lui qui disait aimer
les images presque autant que la musique . En 1887, de retour dune Villa Mdicis (Rome) latmosphre rsolument
pluridisciplinaire, il trouve le soutien de trois mcnes et de leur famille : le peintre Henri Lerolle, le compositeur
Ernest Chausson et le conseiller dEtat Arthur Fontaine, tous amoureux des arts et grands collectionneurs. Il frquente
assidment les milieux symbolistes eux aussi violemment pris de peinture rencontre de jeunes crivains tels quAndr
Gide ou Paul Valry, sintresse au japonisme et lArt Nouveau. Il hante les muses, les galeries, les Salons, se lie des
artistes comme Camille Claudel, Maurice Denis ou Fritz Thaulow se passionne pour les Arts & Crafts de William Morris ou
les beauts prraphalites de Dante Gabriel Rossetti, et vnre par-dessus tout Edgar Degas. Le dfi que constitue pour un
commissaire, mais aussi pour un musographe, une exposition sur la musique est pleinement relev. Tout au plus peut-on
regretter le choix dlibr et frustrant de limiter les extraits musicaux.
Mais cet environnement artistique fort riche nest pas seulement lexpression dun got trs moderne. Il vient galement
nourrir linspiration du compositeur, comme en tmoigne le titre mme de certaines de ses uvres : Images pour piano,
Estampes, Masques, Dun carnet desquisses, etc. Et cest bien cette conception vocatrice sinon synesthsique de la
musique qui donne lexposition toute son paisseur. Ainsi, aux cts de reprsentations de Claude Debussy par Pierre Lous,
Marcel Baschet ou Jacques-Emile Blanche, dcouvre-t-on des partitions illustres par Maurice Denis, des projets de dcors par
Lon Bakst et Pierre Bonnard, des lettres autographes, des tableaux et gravures nabis, de sublimes vases de Jean Carris, des
estampes japonaises, une sculpture primitiviste de Paul Gauguin, des portraits de ses protecteurs par Auguste Renoir, sans
oublier, dans une scnographie ondoyante, quelques objets ayant appartenu au musicien. De ces vertigineux allers-retours
entre les influencesde Debussy et les travaux de ceux quil inspira nat la rare densit du propos.
Ce parcours saisissant sachve sur une impressionnante succession de tableaux : Andr Derain, Frantiek Kupka et Wassily
Kandinsky relayent Edouard Manet, Paul Gauguin, ou William Turner. Et lon pressent alors combien la cration tait pour
Claude Debussy un espace mental et pourtant tout entier ddi lmotion : C'est un art libre, jaillissant, un art de
plein air, un art la mesure des lments, du vent, du ciel, de la mer ! , affirmait-il propos de la musique en 1911.