subject: Vrit Et Mensonges Aux Arts-dco [print this page] Le muse des Arts dcoratifs prsente un florilge de trompe-lil sous toutes ses formes, de lustensile de cuisine aux beaux arts en passant par les bijoux, ou comment les imitations, pastiches et autres illusions signent la prsence du geste surraliste dans la vie quotidienne depuis lAntiquit grecque. Car quoi de plus surraliste quun trompe-lil ?
La notion de trompe-lil fut rpertorie une premire fois par Pline lancien qui raconte que le peintre Zeuxis pendant un concours ralisa des raisins ayant un aspect si rel que des oiseaux vinrent voleter autour pour tenter den picorer quelques grains. Les relectures la Renaissance avec le manirisme vont amplifier ce mouvement de simulation optique avant que le baroque nen fasse une discipline autonome, un genre en soi bti sur la perspective et le clair-obscur. Dsormais il sagit de rinterprter lhistoire par des jeux de virtuosits artisanales, du Moyen ge qui relit lantique jusquau XIXe sicle qui regarde le Moyen ge et la Renaissance. On pourrait ajouter, en bon Europen lgitimiste, que toute la culture amricaine se ramifie en un vaste trompe-lil qui rinterprte le patrimoine europen. Aprs, au XXe et au XXIe sicle, le trompe-lil est rattrap par les avant-gardes et rvle son vrai visage, celui du plus haut geste surraliste, quand le mystre dissimule labsurde et rciproquement linfini. Cest bien cela qui sduit dans cette exposition aux Arts dcoratifs, cette vertu de lillusion optique ouvrir des brches sur limaginaire, librant la conscience des discours autoritaires qui transpirent des objets de par leur nature utilitaire. Enfin un peu dair comme dans cette armoire surraliste de Marcel Jean qui peint sur ses portes dautres portes darmoires dont lembrasure souvre sur des collines, un ciel, des nuages, transformant le meuble en dispositif onirique.
Le travail srigraphique de Roman Cieslewicz, ici autour de la figure du cyclope, brouille la symtrie des formes pour rendre incomprhensible lidentification du motif quand le tabouret daisance fin XVIIIe cache sa vritable fonction sous un empilement de faux livres que lon soulve pour se soulager. Ce sige daisance sous forme damas de livres tait appel aussi selle perce en faon de livre ce qui donna lieu lexpression aller la selle, ne pas confondre avec tre mis sur la sellette, car la selle sans sa fausse pile de livres tait avant tout un tabouret sur lequel les accuss taient assis dans les tribunaux.
Le travail dorfvrerie fut lun des axes essentiel du trompe-lil. Il sagit alors de reconstituer des objets coteux comme les ciboires, les coupes ou les casques, par une reproduction galvanoplastique en cuivre ou en argent. Le trompe-lil chez Franois Desportes tient plus de la peinture franaise rinterprtant les mythes grco-latins que dun vritable travail sur le pastiche ; les crateurs de modes contemporains jouent pleinement sur lillusion et ses artifices, comme chez Schiaparelli et mme Jean-Paul Gaultier. Enfin les trompe-lil qui savrent des trompe-la faim vrifient liconoclasme la Dali, comme avec ces lgumiers en faence qui reproduisent merveille les bottes dasperges et autres crotes au livre. croquer.