subject: Le choix d'un scientifique entre la croyance et l'incroyance [print this page] Le choix d'un scientifique entre la croyance et l'incroyance
Le choix de Bertrand Russell (1872-1970)
Bertrand Russell, mathmaticien et philosophe du XXe sicle, est un exemple de scientifique philosophe qui a oscill entre la foi (chrtienne) et l'incroyance (de raisonnement).
Son choix final de nier l'existence de Dieu est un choix rflchi. Dans Ma conception du monde il expose son raisonnement propos du choix de l'incroyance.
Son ouvrage, expos en termes de rponses des questions prcises illustre prcisment son choix entre la croyance et l'incroyance:
A la question: Avez-vous connu ce qu'on appelle des lans religieux?. Il rpond: Oui, tant adolescent, j'tais profondment religieux. La religion m'importait plus que tout sauf peut-tre les mathmatiques.
Et c'est prcisment ce souci de la religion qui m'a conduit (je reconnais que mon cas est assez particulier) chercher quelles bonnes raisons j'avais de lui accorder ma crance. Je me suis attach trois questions, qui me paraissaient tre les questions essentielles: Dieu, l'immortalit, le libre arbitre. (1)
Dans ce constat on remarque bien que Russell sort de la foi traditionnelle, en se confrontant aux nigmes des questions fondamentales afin de prendre la voie de la raison.
Russell constate qu'en examinant ces questions il commence s'loigner de la foi et la foi commence perdre son influence sur ses convictions:
Je les ai examines par l'ordre inverse, en commenant donc par le libre arbitre. Et peu peu, j'en suis venu une conclusion, c'est que je n'avais aucune raison de croire en ces trois choses. (2)
La ralisation de l'tat de l'incroyance est acheve graduellement par le processus de raisonnement o la foi a disparu.
Je m'attendais au pire des dsappointements, mais chose curieuse, cela n'a pas t le cas. (3)
A la question: Peut-on savoir comment vous vous tes convaincu de renoncer ces trois notions? Il rpond: En ce qui concerne le libre arbitre, j'ai us d'un argument qui n'avait pas grande valeur; et je ne crois plus aujourd'hui qu'il demeure concluant.
Toujours est-il que je tenais tous les mouvements de la matire pour dtermins par les lois de la dynamique: ainsi, les lvres d'un homme bougent par une dtermination matrielle de cet ordre, et donc je ne voyais pas quel empire il pouvait avoir sur les paroles qu'il allait dire. Argument sans valeur mais qui me semblait alors convaincant. (4)
Il n'y a aucun appui empirique pour l'argument de Russell ici indiquant le choix en pleine vidence.
Du mouvement Russell conclut lanon existence d'un empire de pouvoir plutt qu' une possibilit de contrle, contrairement Aristote, qui a considr le premier moteur comme fondement.
Le deuxime argument propos de sa renonciation l'esprit et donc l'immortalit prsume par la religion est celui ci:
L'immortalit: eh bien, de toute vidence, le rapport du corps et de l'esprit, quel qu'il put tre, me paraissant beaucoup plus intime qu'on ne le croit ordinairement, il n'y avait aucune raison de supposer qu'un esprit subsiste quand un cerveau se dcompose. (5)
L'argument est bas entirement sur le propos il n'y avait aucun raison de supposer qui est un point de vue, un choix entre croire ou ne pas croire l'existence de l'esprit.
La renonciation Dieu est prsente dans la manire suivante:
1. Russell refuse simplement les arguments en faveur de l'existence de Dieu,
Quant Dieu on a produit bien des arguments pour tablir son existence; je pensais, et je pense encore, qu'ils sont tous dnus de valeur, et que nul ne les aurait jamais accepts. (6)
2. de ce refus il nie sa croyance en Dieu,
n'eut t le besoin d'en tirer conclusion, et d'y croire., autrement dit: Je refuse les arguments, car ils n'indiquent aucune validit pour l'existence de Dieu et donc je ne crois pas en Dieu. (7)
Le choix de ne pas croire en Dieu est bien vident dans les propositions de Russell.
Sur la proposition que les lois de la dynamique contredisent l'existence du libre arbitre Russell considre:
J'y insiste, c'tait l une cognition d'adolescent. Je pensais alors, me rapportant aux lois de la dynamique, que tous les mouvements de la matire, depuis ceux de la nbuleuse primitive, taient intgralement dtermins, et ceci valait aussi bien pour toute parole.
Je pensais donc que de par les lois de la dynamique, la nbuleuse primitive contenait en puissance et trs exactement de que M. X dirait en n'importe quelle occasion. Il s'ensuivit que M. X n'exerait aucun libre arbitre sur de qu'il avait dire. (8)
A la question : Pouvez-vous dire avec certitude que Dieu n'existe pas, ou bien s'agit-il d'une simple absence de preuve? Russell rpond:
Non, bien sur, je ne pense pas que cette inexistence soit chose certaine.
Je pense que la question se pose exactement au mme niveau que pour les dieux olympiens ou norvgiens. Ils peuvent exister aussi, ces dieux de l'Olympe ou du
Valhalla; je suis incapable de prouver le contraire; mais aussi je pense que le Dieu des Chrtiens n'a pas plus de vraisemblance que les autres. Je vois en eux une possibilit, c'est tout. (9)
Russell constate clairement son incertitude de l'inexistence de Dieu dans son propos : Je ne pense pas que cette inexistence soit chose certaine. Devant cette dclaration : je suis incapable de prouver le contraire, la notion de choix rflchi dans l'attitude de Russel est prcisment localise.
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1. Bertrand Russell, Ma conception du monde, Traduit par Louis Evard, Editions Gallimard, Paris, 1962. p. 21-22.
2. Ibid., p. 22.
3. Ibid., p. 22.
4. Ibid., p 22-23.
5. Ibid., p. 23.
6. Ibid., p. 23.
7. Ibid., p. 23.
8. Ibid., p. 23-24.
9. Ibid., p. 24.
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